Bienvenue sur le site de l'Association du Prix Andrée Viollis
Bienvenue sur le site de l'Association du Prix Andrée Viollis
Chers tous,
C’est avec un grand bonheur et une immense fierté que Sandrine Treiner et moi-même sommes heureuses de vous envoyer cette première lettre d’informations, qui célèbre la naissance du Prix Andrée Viollis, auquel vous avez accepté de participer.
La naissance du prix
Ce projet est né d’une envie, d’une impulsion, à la fin d’un festival à Auxerre, Les Grands Récits, où j’avais été invitée à présenter la biographie que je venais de publier aux éditions Flammarion. Nous étions venues évoquer le destin hors normes d’Andrée Viollis et les raisons pour lesquelles cette pionnière du grand reportage avait été si injustement reléguée dans l’ombre, quand ses contemporains, eux, entraient au Panthéon des reporters.
Et soudain, une conviction : il ne suffisait pas de raconter la vie de cette femme qui avait tout vu, tout couvert. Il fallait créer un espace vivant, un lieu de mémoire active.
C’est d’ailleurs ce qu’avait fait Florisse Londres, la fille d’Albert, en 1933, un an après la mort de son père, en créant le prix Albert Londres. Andrée Viollis en était, du reste, membre aux côtés des autres “malandrins”, pour honorer la mémoire du “Prince des reporters”. Elle y siègera jusqu’à sa mort, en 1950. Près de cent ans plus tard, ce prix continue de faire vivre la mémoire du grand reportage et de celui qui en fut une figure majeure. Bien davantage en ont entendu parler que ne l’ont lu – grâce aux prix qui portent son nom.
L’évidence s’est imposée.
Nous aussi, nous allions créer un prix, fidèle à l’engagement professionnel et citoyen d’Andrée Viollis. Une femme libre, féministe, courageuse ; une militante antifasciste et anticolonialiste. Ce prix récompenserait un grand reportage, écrit par un homme ou une femme, sur le thème des femmes.
Et parce qu’Andrée Viollis avait accompli ses plus grands reportages à un âge “canonique” pour l’époque — quand nombre de ses confrères troquaient déjà la route pour le confort d’un bureau — il nous a semblé juste que ce prix distingue des journalistes de plus de 40 ans, pour rappeler que le talent, la curiosité et la passion n’ont pas d’âge.
Dernier pilier de ce projet : la transmission.
Sa passion du vrai et de la transmission, elle a su la communiquer à Madeleine Riffaud, venue frapper à la porte de Ce Soir au lendemain de la guerre. L’éducation des plus jeunes au métier était une valeur cardinale pour Andrée Viollis, qui répétait sans relâche que le journalisme s’apprend — par l’exigence, la rigueur et l’expérience.
C’est donc tout naturellement que nous nous sommes tournées vers les écoles de journalisme reconnues par la profession, réunies au sein de la Conférence des Écoles de Journalisme (CEJ), pour les associer à notre jury. Les étudiants, encadrés, seraient en charge de la pré-sélection.
Une aventure collective, associée à la famille d’Andrée Viollis
En quelques semaines, avec l’aide précieuse de la famille Viollis, et notamment d’Antoine Clugny, arrière-arrière-petit-fils d’Andrée Viollis — que nous remercions infiniment — nous avons rédigé les statuts et donné naissance à une entité capable de faire exister ce prix.
L’Association du Prix Andrée Viollis (APAV) vient ainsi de voir le jour.
Et vous êtes toutes et tous chaleureusement invités à nous rejoindre en son sein.
Le jury
Une fois les critères du prix établis, il nous restait à constituer un jury. Vous êtes neuf à bien avoir voulu nous rejoindre, auxquels s’adjoindront deux direction d’écoles de journalisme. Merci infiniment de la confiance que vous nous témoignez.
Aurélia Bloch, réalisatrice et autrice de documentaire
Patricia Chaïra, grand reporter, correspondante à Beyrouth, Les Échos et Le Parisien
Franck Cognard, rédacteur en chef d’Affaires sensibles, France Inter
Laurence Cuny-Brain, pédiatre, arrière-petite-fille d’Andrée Viollis
Ava Djamshidi, grand reporter, rédactrice en chef, Elle
Christine Ockrent, journaliste, écrivain et productrice d’Affaires étrangères, France Culture
Nicolas Poincaré, grand reporter, présentateur de Ligne Rouge, BFM TV
Perrine Simon-Nahum, historienne, professeure, éditrice, ENS
Philippe Trétiack, grand reporter, chroniqueur au Masque et la Plume, France Inter
2 directeurs d’écoles de journalisme
Déroulé du prix :
Nous annoncerons officiellement la création du prix en juin 2026. Après l’été, nous lancerons un appel à candidatures. Les candidats pourront postuler dans trois catégories : presse écrite/multimédia, audiovisuel et sonore. Ils auront tout le mois de septembre pour répondre à l’appel d’offre que nous mettrons en ligne.
A partir du 1er octobre, les reportages seront examinés par un premier jury d’étudiants d’écoles de journalisme. Ils sélectionneront cinq reportages dans chacune des catégories qui seront alors soumis à votre jury, à partir du 1er novembre. Une journée de délibérations sera organisée entre nous fin novembre ou début décembre avant la remise officielle autour de la mi-décembre.
2026 est une très belle année pour lancer ce prix puisqu’il marque le centenaire de l’entrée d’Andrée Viollis dans le grand reportage. C’est en septembre 1926, que pour le compte du Petit Parisien, elle part en Russie bolchévique, seule pendant trois mois, sillonner les républiques soviétiques. A son retour, Albert Londres la consacre dans un article publié dans Les Nouvelles Littéraires en 1927.
« Parmi les malandrins que nous sommes, une femme, un jour, demanda place. Nous la rencontrâmes dans le train. À la frontière, elle défendit victorieusement ses droits de reporter. Elle devait avoir trop d’argent dans son sac et pas assez de visas sur son passeport. Elle s’appelait Andrée Viollis, et les jours où la bascule était généreuse, elle pouvait peser quarante-sept kilos. Du fait que cette femme voyageait sans malle et sans carton à chapeaux, nous comprîmes tout de suite qu’elle avait la vocation. Nous la vîmes en Irlande, à Londres, à Rome. Elle circulait comme un seul homme dans les rues en révolution. Allions-nous chez un président de la République ? Nous la trouvions déjà assise dans un fauteuil, en face de lui. Nous la découvrîmes dans des jardins d’Angleterre, perdue au milieu de mille mineurs en grève et se débattant comme un secrétaire général de syndicat. Je crois aussi sérieusement que lors de l’élection du pape régnant elle fut la première à apercevoir la sfumata. Elle n’a jamais voulu nous dire sur quel toit elle était !
Ce n’est pas encore ce qu’il y avait de plus vexant pour nous autres, hommes. Où Andrée Viollis nous faisait bouillir le sang, c’était aux télégraphes internationaux. Nous avions beau écrire à cent à l’heure, ne pas déjeuner, sauter ensuite, sans avoir séché notre encre, dans les autos les plus puissantes, promettre au chauffeur de payer généreusement les contraventions que lui vaudrait un excès de vitesse, quand, essoufflés, suants et affamés, nous arrivions au guichet, elle était là ! Maintenant, nous y sommes faits. Au début, nous avons eu souvent l’envie de prendre cette concurrente et de la jeter par la portière ! »
Albert Londres, Les Nouvelles littéraires, 1927
Partenaires :
A ce jour, nous sommes très heureuses de vous annoncer que le magazine Elle nous rejoint dans l’aventure de ce prix. Un grand remerciement à Ava Djamashidi et à Héloïse Léon.
La CEJ sera notre partenaire par le biais des étudiants des écoles de journalisme ainsi que des directeurs des écoles. Merci à Arnaud Schwartz et Corinne Vanmerris, coprésidents de la CEJ pour leur confiance.
Nous sommes actuellement en pourparlers avec d’autres partenaires. Nous vous tiendrons au courant.
Bien à vous tous
Dorothée Lépine et Sandrine Treiner